Moi et Chance



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Solsartre


Inscrit le: 12 Oct 2007
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Le 12 Oct 2:14

Soirée encore jeune, ciel tapissé d’étoiles, je décide d’aller prendre l’air au parc. En m’y rendant, tête baisée, dévisageant le bitume d’un regard déprimé, je songe à ma modeste vie, à mon humble existence. Je peste parce que la vie ne m’a rien donnée de mieux, rien de mieux qu’un appartement miteux et un mari, certes aimant, mais qui se fait vieux. Pourquoi n’y ai-je pas eu droit, à cette vie de luxes, de romances et de gloire? Je l’ai tant souhaité…

Ah, voilà un banc. Non, tient, je vais plutôt prendre celui un peu plus loin. Au moins je n’y serai pas seul, un jeune garçon y sied avec son chien. Peut-être me laissera-t-il profiter de son espoir en la vie, de l’optimisme insouciant et spontané dont font habituellement preuve les enfants? Cela me ferait grand bien.


- Dis-moi jeune homme, ferais-tu une place pour que je puisse m’asseoir à tes côtés?
- Bien sûr m’dame. Enlève-toi, Chance. Laisse madame s’asseoir. Tu est bien capable d’être au sol pour un moment, non?

Le golden retriever à la seyante toison dorée, qui jusqu’ici me scrutait, le regard aux aguets et la queue dansante, le museau bas et les narines oscillantes, se retourna vers son jeune compagnon, lui donna raison, souleva l’échine et alla s’accroupir au sol.

Je remercie candidement ce petit homme, qui ne doit pas avoir plus de 12 ans, et m’assoie à ses côtés.

- Mais de rien m’dame, ca fait plaisir m’dame. C’est une belle soirée, m’dame.
- Oui, tu as raison. C’est une superbe soirée.

Puis je le regarde un instant, sans rien dire.

Souriant naïvement, il a les yeux rivés au ciel. Il semble hypnotisé par ce magnifique tableau noir, maculé d’étoiles, brillamment peint par le plus grand de tous les artistes. Je décide donc de l’imiter.

- Alors, mon garçon, tu aimes regarder les étoiles n’est-ce pas?
- Oh oui m’dame! C’est jolie le ciel, vous trouvez pas? Moi et Chances, on aime bien ça être ici à regarder les étoiles. Pas vrai Chance?

Le chien secoue la queue en signe d’approbation.

Mon visage s’illumine pour la première fois de la soirée. Ce petit garçon est décidément charmant.


- Est-ce que tu connais ça les étoiles, mon garçon? Tu sais ce que c’est qu’une étoile?
- Pas vraiment m’dame, mais je connais mon étoile!
- Ha oui, vraiment? Tu as une étoiles à toi?
- Bien sûr m’dame, c’est la plus belle! Je l’ai nommé comme mon chien : Chance.
- Ah oui? Elle doit être vraiment jolie alors, comme ton compagnon.
- Oh oui, elle l’est m’dame.
- Dis moi, tu pourrais me la montrer? Je suis curieuse de la voir, ton étoile.
- Eum, je ne sais pas si je peux m’dame… Comment je m’y prends?





Surprise par sa question, je lui réponds gentiment :



- Et bien pardi, tu peux me la pointer avec ton doigt!
- D’accord, je vais essayer m’dame.

Pendant un court instant, il balaye le ciel de façon étrange. Son regard reste fixe, mais sa tête et son index, pointés vers le ciel, s’agitent dans tous les sens. Soudainement. Il s’arrête, se ferme les yeux et laisse échappé un petit rire.

- La voilà mon étoile, m’dame! Elle est bien plus grande que toutes ses amis, et en plus elle est rouge!
- Voyons mon garçon, les étoiles rouges ca n’existe pas.
- Mais si ca existe m’dame. Puisque la mienne, elle l’est!
- En tout les cas, moi je ne la vois pas. Tu dois être le seul à la voir, ton étoile.
- Oh, mais je ne la vois pas m’dame, je sais qu’elle est là, c’est tout! Grande et rouge! Ma maman, elle dit que le rouge c’est la couleur de l’amour. Mon étoile c’est une étoile d’amour.

Déconcertée par son raisonnement, je me détourne des étoiles pour l’observer. Il est toujours dans cette position et ne bouge pas. Le doigt en l’air, sourire narquois et yeux clos, il se met à rigoler de plus belle. Soudain, il rouvre les yeux et se tourne vers moi. Un frisson me traverse le corps.

- Je dois partir m’dame. Ma maman va s’inquiéter si je ne rentre pas vite. Je suis content de vous avoir connu m’dame. La prochaine fois, vous me montrerez votre étoile.
- Et bien ne fait pas attendre ta maman, vas-y. Merci pour la petite conversation et je te promet de te la montré, mon étoile.
- Ca m’a fait plaisir, m’dame.

Il étire son bras sous le banc et tâte le sol. Il en sort un objet qui avait jusqu’ici échappé à mon attention. Cet objet, c’est une vieille canne blanche et usées. Il tend alors son autre main vers moi et me caresse tendrement, mais maladroitement le visage. Mon cœur vacille.

- Vous êtes gentille m’dame, comme ma maman.
- Merci, toi aussi tu es gentil, fais attention à toi.
- Oh, vous inquiétez pas pour moi m’dame, j’ai Chance et ma maman. Bonne soirée!
- Bonne fin de soirée mon petit.

Le cœur gros, je le regarde s’éloigner de moi. Il marche d’un pas sûr, agitant sa canne, avec Chance à sa tête tel un ange gardien invisible, mais assurément présent. Quant à moi, je reste assise là, le regard tourné vers le ciel, cherchant mon étoile là où je ne l’avais jamais cherché.



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S’accrocher à une étoile qui n’est pas la nôtre, c’est resté aveugle aux plus belles.



SS

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