Alphacreol
Inscrit le: 18 Jan 2008 Messages: 14 |
Le 18 Fév 11:51
Je suis allé au consulat pour avoir le visa. A huit heures du matin, il y avait des barrières partout et le souk battait son plein. C’est pourquoi j’ai cru qu’il s’agissait d’un marché de bétail. J’ai cru me tromper d’adresse, même si j’ai trouvé bizarre qu’on installe un marché de bétail dans le quartier le plus chic de la ville. A côté de la ferme du gouverneur d’Agadir. Non ! non ! ce n’était pas une villa, c’était plus grand. Mais ce qui m’étonnait le plus c’était l’absence des animaux. Mais où étaient donc passés les animaux ?
Il n’y avait que des gens qui empruntaient un long labyrinthe de barrières. Les uns derrières les autres, les uns au dessus des autres, les uns au dessous des autres et pas les uns à côté des autres. Parce que des deux côtés, il y avait les barrières. Impossible de s’assoire ! Impossible de sortir du rang même pour faire pipi. De toute façon, il n’y avait pas de toilettes. Les seules toilettes du lieu c’était l’oued qui séparait le quartier Charaf, qui veut dire honneur en arabe, du boulevard situé devant ce marché. Qui oserait baisser son pantalon pour se soulager quand il avait mille balcons d’un côté et des centaines de marchands de bétail de l’autre. Personne ne rouspétait ! Les marchands de bétail, ce n’est pas rouspétant : ils étaient des habitués. Et puis à Agadir personne ne rouspétait. On avait l’habitude avec les bus de la ville. De toute façon, on devient des habitués de ce genre de situation dès le primaire, au CP, avec 60 élèves par classe. Quel paradoxe vit-on lorsqu’on est entre l’honneur et la représentation de la trinité laïque !
Toutes les 15 minutes, un petit gars ouvrait et fermait le portail pour les vendeurs de bétail et les demandeurs de visa. Personne ne sortait. Je me suis donc dit que les marchands devaient faire de bonnes affaires et qu’à l’intérieur devaient se trouver de belles vaches et de beaux boucs. Et puis pour un souk, c’était bien gardé. Des policiers partout. Ils ne laissaient personne garer la voiture à moins de 500 mètres du lieu. C’était quand même bizarre, parce que chez nous, à côté des souks hebdomadaires, qu’ils soient de fruits et légumes ou de bétail, il y a toujours au moins une grande aire de stationnement des ânes et des mules. Là rien ! Je crois qu’il y en avait un, mais il devait être caché. C’est qu’Agadir est une ville touristique et que ces animaux font trop de crottins pour les laisser se garer en plein quartier suisse.
Lorsque ma curiosité, vis-à-vis de ce souk a été satisfaite, j’ai demandé à un agent de l’ordre où se trouvait le consulat. Il m’a regardé d’un air étrange, comme si j’avais l’air de rien. A l’époque être regardé de cette manière par un agent, c’était dans l’air du temps ; les vents de la nouvelle ère n’avaient pas encore soufflé. Puis il m’a dit : « Vous êtes devant !». J’ai alors changé d’air en courant vers l’aire des barrières, pour faire la file, entrer dans le rang. Je n’en revenais pas. Et je me disais : « Ah ! Ces Français ils sont quand même très forts ! Comment font-ils pour gérer un souk de bétail et un consulat de visas en même temps, et dans le même bâtiment en plus? »
J’étais donc dans le rang, derrière celui qui allait me sauver. C’était un entrepreneur. Il était spécialisé en réservation de place pour voyages internationaux. D’ailleurs, il m’a vendu une place à 3 mètres du portail parce que la mienne ne valait pas un clou. Elle était à 250 mètres. La place, qui m’a coûté 50 E, était occupée par sa femme qui avait fait la queue 3 jours durant. Attention ! j’ai trouvé moins cher, mais elles étaient plus loin derrière. Il y en avait même à 5 E, proposées par le même entrepreneur. A ce prix-là, il avait dix, occupées par ses dix enfants. Son entreprise familiale marchait très fort, surtout en été. Il projetait même de s’agrandir car sa femme attendait leur onzième employé. D’après ce qu’il m’a dit, le travail devenait de plus en plus dur. Il y avait trop de concurrence. Et même de la concurrence déloyale. Du dumping. De nouveaux entrepreneurs qui ne passaient pas par la file, qui filaient en douce et parfois à l’anglaise, par la petite porte à quelques mètres du portail, là où il n’ y avait ni barrières, ni file qui vous donnait du fil à retordre. Et s’il continuait à gagner un peu d’argent, c’était tout simplement parce que les nouveaux entrepreneurs exigeaient plusieurs billets de 500 E. Mais là, il fallait traiter directement avec les grossistes et les commissaires priseurs du souk.
15 minutes plus tard, je suis arrivé devant le petit gars du portail. Il voulait voir mon dossier. Il a jeté un coup d’œil rapide et minutieux sur mon attestation de salaire, sur l’attestation de travail, l’attestation de congé, l’attestation de la CNSS, l’attestation bancaire, c’est que l’administration raffole des attestations. Elle adore ça l’administration. Elle ne pense qu’à ça l’administration. Sur l’autorisation de quitter le territoire national. Ah ! ça c’est le plus important. Normal. Le consulat représente d’abord la police locale. Le passeport, les photocopies des 5 premières pages du passeport, la carte d’identité nationale. Heureusement que j’étais célibataire et que je n’avais pas d’enfants, autrement, c’était encore un tas d’autres attestations. Tout ça en double. Pour le dossier vous deviez avoir les originaux et les photocopies en plus de deux photos. Et là il y avait un truc qu’il fallait savoir, mais je vous ai rien dit. Pas de barbe ! Parce que si vous l’aviez c’était même pas la peine de mener jusqu’au bout votre demande de visa. Parce que la barbe, paraît-il, ne permet pas de dévisager ! Et puis, paraît-il, d’après ce qu’on m’a dit, la barbe donnait l’impression ou la certitude, cela dépendait de la personne qui s’occupait de votre dossier, d’appartenir à des milieux déconseillés par le consulat ! Peut-être des milieux marxistes, saboteurs de la liberté du marché. Du marché de bétail. Des milieux, paraît-il, ne respectant pas la devise de la République. Moi, pas de problème, je respecte l’Euro. Le dollar aussi. Par contre le Franc, il ne vaut plus un sou. Donc pour les consulats souks pas de barbe à papa. Un consulat c’est sérieux. Même chose pour le voile à maman, si vous voulez mettre le voile ailleurs.
Vers 10h30, à peine entré, je me voyais invité à payer le visa. 35 Euro le visa d’un mois. Puis on m’a envoyé vers un bureau. On ne m’a pas permis d’y entrer. Je devais attendre mon tour devant un guichet protégé par une grille d’acier solide, probablement pour protéger la dame qui était à l’intérieur des cornes d’un taureau qui verrait rouge. Les vendeurs de bétail qui étaient entrés avant moi étaient tous là. Mais il n’y avait aucun animal et je me demandais bien où ils les avaient placés. Peut-être de l’autre côté des bureaux. Vers 11h30 est venu mon tour et on m’a demandé pourquoi je voulais partir en France. J’ai répondu que c’était pour aller voir mon grand père.
- Qu’elle est sa nationalité ?
- Marocaine.
- Où habite-t-il ?
- Verdun.
- Son adresse ?
- Fort Douaumont.
- N° de la maison et rue ?
- 13, cimetière musulman.
- Téléphone ?
- Il n’a pas pu s’abonner à France TELECOM, il n’entend plus rien.
- Il vous a envoyé un certificat d’hébergement ?
- Heureusement que non, madame.
- Désolé, monsieur ! on ne peut pas vous accorder de visa.
- Pourquoi, madame ?
- On n’est pas sensé justifier le non-octroi d’un visa pour les gens qui n’ont pas de certificat d’hébergement. Le règlement nous l’interdit.
J’ai donc quitté le guichet mais on n’a pas voulu me rembourser. Les 35 Euro, paraît-il, c’était pour frais de dossier. C’était pourtant moi qui avais fait toute la paperasse. J’ai alors quitté le consulat sans avoir de visa, ni voir de brebis.
J’ai alors envoyé une lettre recommandée et express pour un cousin clandestin pour qu’il me fasse le certificat d’hébergement. La lettre m’a coûté la peau des fesses 60 Euro. Apparemment mon cousin ne pouvait pas me faire un certificat. Il était inconnu du préfet. Je trouvais ça bizarre. Un préfet qui ne connaissait pas les gens de sa région ! Lui qui a fait tant d’années d’études. Parce que chez nous, un mquadem, qui n’a pas été plus loin que le CM2 et qui nous donne un tas d’attestations et de certificats, connaît tout le monde. Mais mon cousin m’en a quand même envoyé un. Il l’a fait faire par un Français. Un Français gaulois. Ce n’était pas Astérix. Celui-ci s’appelait Claude, Claude PODEVIN. Ça lui a coûté 2000 Euro. 1950 Euro pour Podevin et 50 Euro pour la préfecture. Que voulez-vous ? Le secteur privé a toujours été plus cher que le public ! Les 2000 Euro, je les ai donnés à sa femme qui est restée au bled avec son fils. Parce que lui ne pouvait pas entrer. Vous comprenez, c’est un clandestin ! Ca faisait 6 ans qu’il n’avait pas vu sa femme et son fils de 4 ans. On appelle chez nous ce genre d’enfant un dormant. C’est-à-dire qu’au bout de neuf mois, ce genre d’enfant, au lieu de sortir, il continue de faire la sieste. Il a raison. A quoi bon sortir du ventre de sa mère pour ensuite chercher à sortir de sa mère patrie, en traversant clandestinement la mer ? C’est un peu amer !
Mon certificat à la main, je suis retourné au consulat souk. Cette fois-là, je n’ai pas perdu de temps. Je suis allé directement auprès de l’entrepreneur. Il m’a fait une remise de 10 %, histoire de fidéliser sa clientèle. Au portail même procédure. A l’intérieur on m’a réinvité à la caisse. J’ai beau crier que j’avais payé la première fois, ils voulaient rien savoir. J’ai donc fini par payer. Au guichet protégé contre les coups de cornes bovins, mêmes questions, mêmes réponses. Sauf qu’à la fin j’ai dit, certificat d’hébergement à l’appui, que j’allais être hébergé par PODEVIN. Puis, on m’a demandé mon dossier parce que le premier était périmé et classé aux archives. Pourtant mon dossier était en papier couché 80 g ; pas des médicaments de contre bande. Mais les souks consulats adorent archiver. Les consulats adorent ça. Ils adorent leurs archives. Ils les vénèrent même. Il faut les voir leurs archives. Elles sont bien classées, numérotées et intouchables. Et puis, c’est fait pour cela les consulats. Pour les archives. Heureusement que j’avais sur moi deux dossiers tout neufs. Quand on a eu affaire à l’administration nationale on apprend à prendre toutes sortes de précautions.
Mon visa était accordé à condition d’avoir une assurance internationale. Cent Euros que j’ai dus payé. J’étais content de mon assurance car un des articles disait que j’aurais 30 000 Euros en cas de décès du souscripteur. Je ne connaissais pas ce souscripteur. Ça devait être celle à qui j’ai payé l’assurance. Bizarres ces gens qui prennent comme ça des paris sur leur décès ! Mais ce qui me rendait vraiment heureux, c’était que j’avais enfin mon visa. Mais ce qui m’étonnait, c’était qu’à aucun moment je n’ai vu de bétail pour lequel on avait installé les barrières devant le consulat. Ou alors je n’ai pas bien dû voir ! Ca c’est possible !
J’étais donc libre de partir. Libre c’est un peu trop dire, puisque pour avoir cette liberté il m’a fallu avoir le passeport, le certificat d’hébergement, l’assurance et le visa. A vrai dire, je me sentais comme un esclave affranchi. J’avais mon passeport et mon visa, je pouvais donc partir en toute liberté voir mon grand père. Mon regretté grand père, décédé en 1918 pour la liberté de la République. A mon avis, on devrait supprimer ces passeports, parce que le visa c’est déjà pas de la tarte. Et puis il y a de la redondance. De la redondance administrative.
Pour 120 Euro j’ai pris un billet d’autocar Tiznit - Les Mureaux. C’était à tiznit que j’habitais ; à Les Mureaux, mon cousin dont le destin a fait son clandestin. Sur le billet, le bus paraissait confortable. On y avait marqué « bus climatisés et projections vidéos ». Quand je suis monté, ce n’était pas un climatiseur qui marchait, c’était un séchoir. Le technicien a dû se tromper de machine.
Il n’y avait pas beaucoup de voyageurs dans l’autocar. Une trentaine en tout. Par contre beaucoup de bagages. D’ailleurs, durant tout le trajet, j’étais calé entre une chaise en fer forgé et un canapé marocain qu’un épicier de Les Mureaux importait de cette manière à ses clients européens qui en raffolaient.
Nuits et jours, c’étaient les mêmes cassettes qu’on nous passait. Au début de chaque cassette, il y avait toujours
un avertissement : « Usage privé… réservé au cadre stricte de la famille telle qu’elle est définie par la loi française… ». J’en ai donc conclu que tous ces voyageurs faisaient partie de ma famille et qu’ils voyageaient pour la même raison que moi. Après tout mon grand père avait beaucoup voyagé avant de s’installer définitivement à Verdun.
Le chauffeur, qui n’arrêtait pas de boire, nous a emmenés au port de Tanger pour embarquer dans un grand bateau en partance pour Algésiras. Mais, avant d’embarquer, il fallait descendre du bus, bagages à la main, pour les formalités administratives. Pourtant le bus avait une soute. Allez chercher la logique de cette procédure ! A la douane, un douanier m’a fouillé. J’avais légalement sur moi 1300 Euros. Ils étaient cachetés dans mon passeport par mon banquier. Le douanier n’a rien trouvé d’illégal. C’était normal. Les 1300 autres Euros étaient cachés dans les semelles de mes babouches par mon cordonnier. Puis nous avons embarqué pour l’Espagne. A 100 mètres de l’arrivée, le bateau s’est arrêté : le port était bloqué. Les pêcheurs espagnols faisaient une action pour le poisson ce jour-là. Impossible de faire demi-tour : les bateaux pêcheurs espagnoles nous barraient la route. La mer plutôt. Nous étions alors les otages des pêcheurs. Ils nous avaient dans leurs filets. Et moi qui pensais que les pêcheurs ne pouvaient prendre que des poissons ! Nous sommes restés dans cette situation 3 jours.
Sur notre bateau la nourriture était chère. Ce qui ressemblait à un petit déjeuner valait 10 Euro, de quoi déjeuner 5 jours durant à Tiznit. Les pêcheurs montaient dans certains bateaux et jetaient à la mer des palettes entières de fruits et de légumes en provenance du Maroc. C’est que ces pêcheurs adoraient leurs poissons et les nourrissaient de temps en temps de produits frais marocains. Je me suis dit que ces pêcheurs devaient être des gens vraiment bien. C’était à ce moment-là que m’est venue l’idée de me jeter à l’eau pour aller récupérer quelques fruits, histoire de faire un peu d’économie. Quelques fruits de plus ou de moins ne feraient pas de mal aux poissons déjà gavés. Mais, j’ai beau chercher une bouée de sauvetage au milieu de ce gigantesque navire, il n’y en avait pas, ni de barque d’ailleurs. C’est alors que je me suis résigné au quatrième pilier de l’Islam, le jeûne !
Dès que le blocus a été levé, nous avons débarqué. Après un long couloir, nous sommes arrivés dans une grande salle. Il y avait 4 voyageurs européens et plus d’un millier de Marocains et d’Africains. Deux panneaux indiquaient les couloirs des uns et des autres. Un couloir très large pour les Européens, l’autre, plus étroit, pour les autres. Je me suis alors dit que les quatre n’étaient que les guides d’un groupe plus important. Au bout des couloirs, il y avait 4 boxes de police ouverts. Trois pour les quatre Européens et le 4ème pour le reste. Cela a réconforté ma thèse, mais ça n’a pas empêché le souvenir du souk du quartier suisse de rejaillir. Puis un policier m’a rappelé le petit gars du portail tout comme la douane l’air étrange de l’agent de l’ordre du quartier suisse.
Après la douane, j’étais enfin en Europe ! Je marchais joyeusement sur la zone Euro, la semelle de mes babouches. J’ai vite regagné le bus au parking, ou plutôt, c’était le bus qui m’a regagné : le chauffeur a pris tout son temps sur le bateau, au bar, où le serveur était très gentil, car il ne faisait jamais payer le chauffeur. Il buvait pourtant comme une cruche. Un petit peu plus même, comme une citerne.
Le bus a enfin démarré et au bout de quelques kilomètres, je me suis rendu compte que le car zigzaguait comme s’il avait bu. Non le chauffeur lui n’était pas ivre. Il ne zigzaguait pas. Je l’ai vu. Il tenait droit le volant. Il ne bougeait pas, sinon je l’aurais remarqué. J’ai bien vu que c’était le car qui zigzaguait. J’ai aussi remarqué que tous les restaurants et les cafés devant lesquels il nous déposait tous les 300 km l’accueillaient à bras ouverts. J’en ai donc conclu que les restaurateurs espagnols étaient de fins connaisseurs en hospitalité, même s’ils n’accueillaient pas les passagers de la même façon. Mais ça je le comprenais, car chez nous quand on reçoit le chef d’un village on le traite d’une manière singulière, histoire de maintenir son rang. Ces Espagnols, naïfs qu’ils étaient, prenaient donc notre chauffeur pour chef de notre village. C’est que le maintien du rang du chef du village passe par le sacrifice des gens de sa tribu. Cela n’empêche que les prix qu’ils pratiquaient m’avaient ôté la faim et m’avaient réconforté dans ma religion.
Ce qui est sûr c’est que Aziz, notre transporteur s’appelait Aziz, méritait le titre du chef. Il était incomparable. Parce que les bus, qu’on a croisés avaient, eux, au moins deux chauffeurs. A mon avis ces chauffeurs-là ne devaient pas être accueillis comme le notre par les restaurateurs. Parce qu’un village ne peut pas avoir deux chefs.
Cent km après Madrid, au milieu de nul part, le bus est tombé en panne. Nous étions fatigués d’attente aussi je me suis endormi sous un arbre. En me réveillant mon sac et mes babouches avaient disparu. Je n’ai pas trouvé de Zoro pour récupérer mes Euros. Je ne marchais donc plus sur des Euros. Je marchais pieds nus.
A la fin du troisième jour de panne, un autre bus est venu pour nous récupérer, mais il nous a fallu un jour de travail acharné pour transférer toutes les marchandises d’un bus à l’autre. Le travail fini, le bus a démarré. Douze heures plus tard nous étions arrivés à Les Mureaux. Douze heures tout compris, y compris les pauses chef du village. Mais moi j’ai pas compris pourquoi Aziz n’est pas allé en Formule 1. Ca serait quand même plus reposant pour lui car il ferait là un travail lui convenant.
Nous sommes donc arrivés après neuf jours de voyage au lieu des trois prévus. Neuf jours sans douche et sans changer de vêtement. Là m’attendait mon cousin sorti de sa clandestinité spécialement pour m’accueillir. Je suis descendu pieds nus et je m’estimais chanceux car d’autres avant moi, plus malheureux, avaient débarqué à Marseille pieds noirs. Les embrassades et accolades échangées, j’ai remarqué qu’il avait beaucoup changé. A commencer par sa santé. Il suffoquait surtout au moment des embrassades. Le pauvre était peut-être devenu allergique à l’odeur du pays. Puis, je lui ai demandé de m’emmener chez Claude PODEVIN pour me reposer. Il m’a répondu que le certificat c’était du bidon. Je lui ai dit : « Je veux pas de bidon! Je n’ai pas de l’huile à y mettre. Je veux seulement un lieu où me reposer ! ».
Il m’a alors emmené dans un petit hôtel, 30 Euro la nuitée. Douze jours d’hôtel à Tiznit ! Mais avant, il m’a emmené dans un grand magasin qui s’appelait Babouche. Un panneau près de la porte principale disait : « Ici, vous trouverez vos chaussures ». Je suis entré et je me suis mis à chercher mes babouches disparues en Espagne. Je n’ai rien trouvé. Mais le magasin était tellement grand que j’ai dû ne pas bien voir où elles étaient. J’ai fini par acheter des brodequins comme ça je les perdrais pas en dormant. Ils m’ont coûté 40 Euros.
Il m’a ensuite emmené à un centre commercial, là j’ai acheté un sac et tout ce qu’il fallait comme vêtement et pour ma toilette. Là, vu la taille du magasin, je n’ai pas essayé de chercher mon sac. Le tout à 219 euros. C’était très cher mais j’avais des vêtements complets. Parce que la plupart des vêtements vendus dans ce magasin n’étaient pas complets. Par exemple, certains slips ne couvraient pas les fesses. Ils pouvaient à peine couvrir le centre du derrière. Je pense qu’ils étaient en rupture de stock. Parce que je n’ai pas vu les parties manquantes en vente. Pour les robes, c’étaient le plus souvent des quarts de robes. Normal vu les prix. La crise économique battant son plein ne permettaient pas aux gens de s’habiller correctement. Avec 219 Euros, à Tiznit, j’achèterais de quoi habiller toute la tribu.
Mon cousin m’a donc accompagné à mon hôtel. Il voulait m’emmenait chez lui, mais il n’y avait pas de place. Ils étaient dix-huit à habiter un deux pièces. Tous étaient dans la même situation que lui. Ils venaient chacun d’un pays différent. A eux seuls, ils auraient pu organiser un sommet de l’OUA, car tous originaires d’Afrique.
Pour 30 euro, je n’avais pas de petit déjeuner. Par contre la douche y était comprise. Je suis sorti et j’ai pris un café noir et un demi pain sans beurre, pour économiser. J’ai quand même payé cinq euros. J’avais enfin compris pourquoi les Françaises étaient toutes maigrichonnes.
Vers midi mon cousin s’est pointé devant l’hôtel. Je lui ai demandé de me trouver un moyen pour aller me recueillir sur la tombe de mon grand père, à Verdun. Il ne connaissait pas ce lieu, mais il m’a accompagné jusqu’à Paris où j’ai réservé une place pour y aller en autocar. L’aller et le retour, Les Mureaux Paris, 80 km en tout, m’a coûté 15 Euros par train. L’équivalent de 400 km au bled. Mais le train roulait vite. Aussi vite que s’évaporaient mes Euros.
Le lendemain, je suis parti, tout seul, à Paris. Toujours par train. J’ai alors pris place dans l’autocar à 100 Euros. L’aller simple. Le même prix que pour Marrakech – Les Mureaux.
Le soir nous sommes arrivés à Verdun. Là, j’ai pris l’hôtel le moins cher. 45 Euros. Pourtant il était plus loin de Paris que celui de Les Mureaux. Par contre celui-là nous a offert le petit déjeuner, service à volonté. Je me suis donc servi volontier, histoire de rattraper le temps perdu. Le temps c’est des Euros.
Je suis parti au cimetière le matin même. Sur le chemin, je me suis rendu compte de l’intensité de la haine entre les Allemands et les Français d’avant l’Euro. Ils se sont tellement haïs qu’il y avait là des cimetières à perte de vue. Partout des croix, partout des étoiles de David, partout des croissants. Que de croissants ont été mangés par les vers ! Que d’étoiles se sont éteintes ! Que de croix ont rayé des vies à Verdun !
Arrivé au pied de l’ossuaire, monument d’ossements dédié aux soldats de toutes les nations tués en 14-18, je suis descendu du taxi, les larmes aux yeux, et là j’ai vu… la main du chauffeur qui réclamait 26 euros. Il a fini par s’habituer. Avec tous les gens qu’il accompagnait au cimetière, il a fini par s’endurcir. Il était devenu comme un infirmier à la morgue.
L’ossuaire était très beau. Il était imposant. Il imposait le silence. Comme celui de ceux pour lesquels on l’a érigé. Cependant, je pense que ces soldats auraient préféré autre chose. Ils auraient certainement préféré la vie à tous les monuments du monde. Mais les politiques avaient aussi leurs préférences !
Je me suis alors dirigé vers le cimetière musulman sans savoir ce que j’allais y faire exactement, à part voir la tombe de mon grand père ! Ce n’était qu’au bout d’une heure que je l’ai trouvée. C’est qu’il n’y avait pas que le n° 13 ! Il y en avait jusqu’au chiffre qu’on n’a jamais vu à l’école ! Ce chiffre aurait rempli 3 trois grands tableaux noirs. J’ai senti une telle émotion que je suis resté planté sans pensée. Au bout d’un certain temps, j’ai repris mes esprits et j’ai fait une prière pour mon grand père et tous les grands pères du monde entier. Plus jamais ça ! Quelle connerie la guerre !
Au cimetière, il n’y avait personne. Même pas les membres de ma famille. Ceux qui avaient voyagé avec moi de Tiznit à Les Mureaux. Quels ingrats ! Ils avaient pourtant vu les projections réservées à la famille dans l’autocar !
Dès le moment où j’ai vu la tombe de mon grand, mon deuil, celui de toute ma famille, pouvait commencer. Celui de mes Euros approchait. Il me restait à peine 300 euros.
Un moment donné, j’ai été attiré par un bâtiment particulier devant lequel se trouvait planté un énorme obus. L’arme du crime était encore exhibée devant cet édifice. Quel mauvais goût ! Quelle insulte envers les habitants du coin ! C’était comme si on avait exhibé le pénis d’un violeur face à la tombe d’une fillette violée à mort !
Je me suis alors dirigé vers le bâtiment. C’était le musée de la guerre 14-18. Je voulais y entrer, mais un monsieur m’a rappelé à l’ordre !
- Il faut payer pour entrer monsieur !
- Pardon monsieur ! je ne savais pas !
- Pourtant c’est bien écrit 10 Euros l’entrée !
- Vous croyez monsieur que lorsqu’on a vu toutes ces tombes à tomber en panneaux, on peut encore voir un petit panneau !
- Vous avez raison monsieur, mais il faut payer pour voir !
- Et qu’est-ce qu’on peut voir de plus à l’intérieur, quand qu’on a vu le résultat à l’extérieur ?
- Et bien monsieur, à l’intérieur, vous verrez toutes les affaires d’un soldat de l’époque. Vous y verrez aussi les causes.
J’ai donc payé 10 Euros pour voir les affaires de mon grand père. J’ai vu son uniforme, ses armes, ses tranchés, son pain troué pour qu’on puisse le lui acheminer à dos d’âne, ses chaussures… Bref, j’ai vu sa misère et l’horreur des tranchés de 14-18.
Il y avait aussi des visionneuses pour voir les diapos de soldats pendant la guerre. Impossible de les voir sans miser un Euro toutes les deux minutes. Ah, ces Français ! Même aux visionneuses, ils ont appris à vous réclamer des sous ! J’ai donc misé cinq fois de suite pour voir les photos de mon grand père. Il y avait beaucoup de photos de Marocains, reconnaissables à leurs uniformes. Tous portaient la barbe. Je comprenais enfin pourquoi on ne les voyait jamais dans les livres français d’histoire. Ils portaient la barbe. Les Américains, eux, on les voyait. Normal. Ils étaient rasés. On oublie cependant une chose. La guerre a rasé tout le monde. Même ceux chez qui la barbe n’avait pas encore poussé. A la fin du cinquième Euro, je suis sorti. Parce qu’il fallait avoir plusieurs millions d’Euros pour voir toutes les victimes de cette guerre.
Dehors se tenait un petit fort que l’émotion m’avait auparavant caché. J’y suis allé. C’était là où je me suis senti fier pour la première fois en zone Euro en tant que Marocain, car un panneau de marbre portait les phrases suivantes que 16 % à 18 % de Français n’ont jamais dû lire. Eux qui se plaignent souvent de la régression de la lecture et de la culture française. Pourtant, ça fait partie de l’histoire de la Marseillaise qu’ils chantent souvent dans leurs meetings. Je pense que cela est dû à la matière de la mémoire et des sentiments de certains leaders politiques. Le marbre. C’est brillant, c’est dur ; mais il ne fait apparaître que ce qu’on a gravé dessus.
Le texte disait : « Les Marocains appuyés par les tirailleurs Sénégalais avaient repris le fort de Douaumont aux Allemands».
Pauvre papa ! Toi qui as tant souffert de l’absence de ton père. Toi qui n’as jamais vu ton père depuis que t’avais 6 ans. Toi à qui on a refusé le visa pour aller voir la tombe de ton père. Mais sois fier ! Si le marbre humain t’a oublié, le panneau marbre, lui, a gravé ton nom, celui de ton père, de mon grand père, de tous les grands pères marocains, musulmans et juifs, arabes et berbères, comme celui de tous les assoiffés de liberté en lettres d’or ! C’est là nos lettres de reconnaissance.
C’était aux 16 à 18 % de les lire et de les apprécier chaque fois qu’ils chantaient la Marseillaise, avec leurs coupes pleines de champagne. Mon grand père, lui, l’a chantée avec son sang plein la terre, jusqu’à ce que le souffle lui ait été coupé. A la fin, eux, ils étaient ivres morts. Mon grand père est tout simplement mort. Et je parierais qu’eux n’ont jamais visité Verdun ! Qu’ils n’en connaissent que le Nom !
En retournant à Les Mureaux, j’ai appris que mon cousin a été escorté jusqu‘à l’avion par un tas de policiers en la présence du préfet en personne. Il a été accompagné comme un chef. Un chef d’Etat. Quatre policiers l’ont soulevé jusqu’à l’avion, probablement pour que ses chaussures ne soient pas trempées, car il pleuvait et, lui, il pleurait. Normal, les larmes de joie. C’est une tradition chez nous que de soulever les gens importants. Ils sont donc comme nous ces policiers. Peut-être même qu’ils avaient été en stage au bled. J’étais content pour lui. Le préfet lui avait fait certainement ses papiers puisqu’il n’était plus clandestin. Il n’était plus inconnu du préfet.
Au bout de 3 jours en France, il restait 18 jours pour que mon visa expire. Mon budget de voyage lui avait déjà expiré. L’OUA s’est dispersée. Cause. Intervention étrangère. Intervention des forces de l’ordre. Les intérêts étrangers ont toujours saboté l’Afrique. Comme si l’Afrique n’en était pas capable toute seule !
Je suis donc resté seul sans un euro au milieu d’inconnus qui ne me faisaient pas rire. C’est que j’avais souvent entendu parler d’inconnus drôles qui passaient à la télé.
Quelqu’un m’a alors dit de chercher du travail au noir. C’est que dans le noir on ne voyait rien. J’ai trouvé du travail dans une boulangerie. Dans sa cave plus exactement. Je pétrissais le pain et moi j’étais pétrifié de chaleur. Au début, je trouvais que le patron était correct puisque j’étais bien payé. Mon salaire correspondait exactement au salaire d’un boulanger marocain resté au bled. Là, il n’y avait pas cette horrible différence de prix que j’ai remarqué partout en France. De plus, il m’offrait un petit pain et un grand pain tous les jours. Je trouvais qu’il était vraiment sympathique. D’ailleurs, il me payait au bout de chaque semaine alors que les autres se faisaient payer au mois. Je me disais comment ils faisaient pour tenir tout un mois sans se faire payer quand moi je n’arrivais même pas à payer le loyer de ma chambre de 4 mètres sur deux, située dans un grand magasin, sous l’établi d’un vendeur de fruits et légumes. Impossible d’y entrer ou d’en sortir la journée sous peine de renverser les fruits ou de terroriser la clientèle. D’autant plus qu’il n’y avait pas de poissons comme en Espagne et que le monde n’avait pas besoin d’un terroriste de plus. Je regagnais donc ma chambre à 20 heures et je la quittais à 7 heures. Heureusement que mon patron me permettait de prendre ma douche dans la cave où je m’occupais de son pain. Mais, à la fin j’avais fini par comprendre la signification du travail au noir.
Là, je me suis établi à mon compte et au noir. Comme j’étais menuisier et que les Français raffolaient des canapés marocains, la preuve mes côtes qui me font encore mal pour avoir voyagé en leur compagnie, j’ai décidé de faire sauter les intermédiaires. A savoir les bus touristiques et les épiciers.
Mon atelier se résumait en un sac contenant mes petits outils électriques. Mon entreprise avait donc la structure la plus légère de France. Histoire d’alléger les charges de l’entreprise. C’est-à-dire mes jambes en cas de poursuites policières.
Je ne sais pas pourquoi les gens disent du mal du travail au noir. Au fond, il n’est ni noir, ni blanc. C’est un travail comme les autres. Croyez-vous qu’il soit plus mauvais que le blanc ! le blanc tout comme le rosé et le rouge provoquent des accidents de la route ! Les autorités françaises sont vraiment racistes envers le travail au noir ! Elles font de l’apartheid envers ce travail ! Elles l’interdisent ! Elles n’ont qu’à faire comme les Français. Parce qu’eux ne sont pas racistes envers ce travail. Ils étaient tout contents quand je leur livrais un produit du travail au noir. Rien ne permettait de le distinguer de l’autre. Même pas sa couleur. Enfin, si ! son prix ! nous nous partagions les impôts locaux et l’IGR. C’était cela qui rendait folles de rage les autorités françaises. Elles n’aiment pas qu’on partage. Mais elles aiment partager avec vous le fruit de votre travail. Si vous créez une société, elles prennent 50 % des bénéfices. Elles deviennent votre associé. Fifty, fifty. Elles qui n’avaient rien investi. Mais moi, si elles veulent fifty, fifty, elles n’ont qu’à venir se taper leur fifty de ma sueur et de mes emmerdes avec la clientèle et les fournisseurs.
C’est que le monde du travail au noir est un monde à part. Il a ses propres fournisseurs, ses propres entrepreneurs, ses propres consommateurs et ses propres réseaux de communication et de distribution. Rien n’est sale. C’est que le racisme de certains engendre celui des autres. Heureusement que les ponts ne sont pas complètement coupés entre les deux mondes. Il y a même des ponts d’interdépendance. Où pensez-vous que les grands restaurateurs spécialisés en gibier se fournissent-ils, quand la chasse est fermée, eux qui élèvent la fraîcheur au degré du dogme religieux ? Qui vous soulage quand toutes les canalisations de Bois de Boulogne et de Pigalle sont défectueuses et débordent ? Les éboueurs de la mairie ? Ils ne sont pas assez nombreux ! Encore faut-il qu’ils acceptent, vu le travail qui les attend dans des quartiers aussi importants !
J’entends ici et là que le travail au noir est mauvais. Que le travailleur au noir est un voleur du pain des Français ! Quelle bêtise ! Quelle ignorance ! Mon pain je l’ai toujours gagné à la sueur de mon corps !
Quand j’étais entrepreneur au noir, je payais toujours ma TVA. Je ne pouvais pas la récupérer. Les sociétés déclarées, elles, la récupèrent. Et puis elles déduisent toutes leurs charges de leurs impôts. Pas moi. J’étais lésé. C’était pourquoi j’avais déduit tous mes impôts. J’étais non-imposable.
Les imposables achetaient du neuf, moi je roulais toujours dans des tas de ferrailles pour ne pas attirer l’attention du fisc. Comme c’étaient des voitures en mauvais état, ça tombait souvent en panne. J’allais toujours chez des mécaniciens au noir. Normal. Leurs blouses sont pleines de graisses et des huiles usées. Ils ne me mettaient jamais de pièce d’origines. Des pièces au noir, entrées clandestinement. Ce qui fait que je revenais souvent. Je n’allais jamais chez un garagiste parce qu’il y aurait une facture en bonne et due forme qui alerterait certainement le fisc.
Et comme je n’achetais que de l’occase, je n’avais jamais de garantie. Souvent des pannes, donc plus cher. Même si je n’appelais pas Somfy ou Darty, j’appelais quand même Romanski ou Dimitri, qui ne sont pas gratuits.
Et puis pour passer des canapés marocains au lit louis XIV, il y avait du chemin à parcourir. Ce n’était pas facile ! parce qu’un canapé au bled c’était deux clous par-ci, deux clous par-là et c’est terminé. Une coiffeuse Louis XIII, pas 13 ça porte malheur au niveau de la finition. Vous n’avez qu’à voir comment a fini mon grand-père avec son numéro 13. Louis XVI, non plus, il a été guillotiné. Charles X, ça c’est mieux, ça a toujours porté chance. Pelé, Platini, Zizou, Maradona. Lui pas trop. Ca demande du style, du travail, beaucoup de travail. Regardez par exemple le château de Versailles. Ca a pris deux siècles de travaux quand même. Mais là, je crois que les ouvriers étaient fainéants. Il n’y avait pas encore de travailleur au noir. La France n’avait pas encore assez de colonies. Et encore, ils n’ont pas terminé le travail. Les toilettes n’ont été installées qu’au début du XXe siècle. Je me demande toujours comment se soulageait Louis XIV. Bien sûr, il y a le seau. Chaque matin, il appelait son garde qui lui ramenait son seau ; il se soulageait et le garde reprenait son seau. On n’a jamais su si le garde quittait la chambre pendant que Louis XIV se soulageait ou pas. A mon avis, il devait la quitter ; vu les odeurs. Ce n’est pas par pur hasard si Paris est devenue la capitale mondiale des parfumeurs. Par contre, ce qui est sûr c’était que chaque fois que le Roi soleil appelait : « Garde ! Mon seau ! », il y avait toujours deux gardes qui accouraient : le garde du seau et celui des sceaux. C’est qu’on ne savait pas s’il allait estamper une missive diplomatique ou s’il avait une complication digestive. Le seau et les sceaux courent par saut par l’oubli d’un sot qui a fait le saut des toilettes.
Et puis qu’est-ce qu’on a contre le noir ? noir par-ci, noir par-là, chaque fois qu’ on est en colère. C’est le blanc qui a foutu la merde dans la banlieue, ce n’est pas le noir. La cocaïne est blanche, elle n’est noire ! c’est le noir qui réchauffe et égaie vos maisons pas le blanc. Le charbon n’est pas blanc, il est noir. Il vrai que certaines journées peuvent être noires, mais les nuits blanches ne sont pas meilleures. C’est les noirs qui rapportent des médailles aux Jeux Olympiques pas les blancs, les blancs c’est les commentateurs des jeux. Ils ne font que parler, ils ne courent pas eux !et comme on veut absolument faire des blancs des vainqueurs, on a enfilé des survêtements blancs aux noirs. Les vrais bleus sont en vérité les noirs et les blancs sont des bleus.
Lorsque je suis devenu un entrepreneur recherché par les clients et par les autorités de l’ordre, il fallait avoir des papiers pour être recherché par les premiers et ignoré par les seconds. La seule possibilité était de faire un mariage blanc. Car mariage blanc se marie à merveille avec travail au noir.
Ça m’a coûté 10 350 Euros. 10 000 pour la marié et 350 pour frais administratifs. La loi du marché ! Ceux qui disent du mal de ce genre de mariage devraient y voir de plus près ! Ils ne voient jamais le bon côté des choses.
D’abord c’est un mariage qui rapporte beaucoup d’argent à la France. Des devises. J’en connais qui sont venus de très loin spécialement pour le mariage blanc avec des euros achetés en noir. Il y a même des transactions internationales pour ça. Ensuite, ça occupe les maires, eux qui souvent se plaignent du recul du mariage en France. Puis ça rapproche les peuples. Lorsque le maire m’a dit : « Vous pouvez embrasser la marié », je ne pouvais pas faire autrement ; même si j’ai failli embrasser la marié du mariage qui allait se faire après le mien. Vu qu’on était serré dans la salle. C’est que je n’ai jamais vu mon épouse avant. Un courtier s’est chargé de tout. N’oubliez pas que c’était un mariage d’affaire.
De plus, c’est un mariage qui ne sera pas consommé. Et puisque pas consommé, pas de douche à prendre. Donc pas de gaspillage d’eaux. Par temps de sécheresse, plus besoins d’arrêtés préfectoraux pour interdire les douches exagérées comme c’est coutume pendant les lunes de miel.
Enfin, le divorce c’est au maximum au bout de 8 mois. L’Etat gagne à tous les coups. Parce que là aussi, c’est des frais administratifs et puis ça crée des emplois de juges et d’avocats. Mais les avocats ça marche aussi avec les vrais mariages, ça se vend mieux avec les vrais mariages. C’est aphrodisiaque les avocats.
le 28/08/2005 |