Le destin-hâteur



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The8thstep


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Le 21 Mar 19:43

Le destin-hâteur

Trop onéreux pour leur famille, deux frères furent abandonnés peu après leur naissance au pied d’une abbaye janséniste dont le père commanditaire avec pour réputation sa droiture d’esprit, son habilité à professer une bonne éducation ainsi qu’une capacité sans pareille à décerner la différence entre le bien et le mal fustigeant les néoplatoniciens et leur valeur du réel, qui selon lui, étant fondé sur un idéal païen ne pouvait être la parole du prophète, et par conséquent pas celle de Dieu. Les masses se tournants de plus en plus vers les instituts jésuites réputés plus tolérants à l’égards de leur fidèles et de leurs infidélités, le père s’obligea à bon compte de prendre sous son aile ses deux brebis soit disant égarées, car plus abandonnées que perdues, il va de soi que certaines réalités échappent à ceux dont le sentiment profond a pour but de relativiser tout fait à son aspect le plus pieux, le plus comme il est bon le concevoir. Le père digne à son panglossisme, souhaitait que ses deux recrues soient dirigées vers la voie qui leur conviendrait le mieux, car là où tout est le mieux dans le meilleur des mondes, Leibniz avait espace pour tout être à exercer son talent de la manière la plus convenable imaginable.

Les enfants furent donc départagés, dans différentes disciplines physiques, intellectuelles, théologiques, littéraires, artistiques… A la grande surprise et en dépit de la logique irréfutable que semblait annoncer la mise en pratique de la doctrine Panglosienne du père, c’est toujours le même frère qui semblait ressortir avantagé dans chacune des disciplines proposées. D’autres tests ne paraissaient vraisemblablement pas avantager le frère incapable qui commençait petit à petit à perdre foi en l’enseignement du bon père. C’est à leur adolescence que l’un des frères supérieurs de l’abbaye trouvait une discipline dans laquelle le malheureux frère gagnait à tous les coups, les échecs ! Fière de sa trouvaille, et content de pouvoir enfin s’apaiser et se laisser bercer par les certitudes, sensation que le père n’avait pas ressentie depuis longtemps et qu’il chérissait plus que tout au monde, autant que Dieu même. Car en bon anti-platonicien, donc, anti-socratiste, il ne pouvait qu’être parfait pro sophiste et s’aimer au prêt à penser. L’ignorance ne salue que les imbéciles, et reconnaître son imbécillité ne peut qu’être la mère d’un repos abrutis, c’est ce qu’il aimait chanter, d’une voix démagogique et reposée comme supposant le dédain et le mépris que pouvait lui inspirer les remarques des gens ne partageant pas ses convictions.

Le jeune frère fut donc voué à une carrière de joueur d’échec. Dès son plus jeune âge il fut instruit par les moines les plus érudits de la discipline. Il continua son apprentissage dans des clubs pour jeunes nobles, où l’on l’aimait bien pour sa tendance à perdre en permanence, il était, il faut bien l’avouer, très mauvais et n’a d’ailleurs jamais gagné que la seule fois contre son frère. Il n’eu d’autre choix que de ce convertir vers un mode de vie lui assurant logis et nourriture. Il finit sa vie larbin pour un seigneur avec lequel il jouait durant son enfance, il mourut de froid un hiver dans la grange dans laquelle il vivait, sous la neige, comme un chien affamé qu’un vagabond aurait laissé traîner sur son passage. Il fut jeté dans une fosse commune et n’aura comme postérité que la fierté d’aujourd’hui résider dans une des quatre première file de crâne des catacombes.
Quant à son frère, compte tenu de ses multiples qualités de penseur, artiste et sportif, il fut formé pour être moine, érudit des saints écrits, il prêcha la divine parole toute sa vie, avant de se voire destituer les richesses de la paroisse par les Jacobins en mai 1791, il se rebella, fut incarcérer puis libérer et quitta la Bastille en 1793, la dernière trace qu’il laissa fut le portrait qu’il fit du spectacle de la guillotine de la belle princesse, un portrait sanglant, colérique, acide, qu’il data de l’an 2 !

Alors que de normal, la morale vous semblera être nette et presque navrante de simplicité quant à la bonne raison de ne pas baser la destiné d’un enfant sur ces qualités à faire mieux qu’un autre, un ami moitié soufi moitié juif presque pratiquant me rétorqua avant même que je n’ai fini d’inspirer la dernière syllabe de l’an 2, que de toute façon il ne ferait jamais éduquer ses enfants par des chrétiens… C’est navrant… Pour les enfants, lui s’en fout !

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