Paisansage

Inscrit le: 14 Juin 2007 Messages: 34 |
Le 30 Avr 9:15
Le trésor magique ou secrets de famille (5)
...Ah ! ma grand-mère !
Orpheline à l'âge de 10ans des suites d'une guerre qui a laminé le nord de la France, elle s'est retrouvée, tout simplement, pupille de la nation dans un orphelinat à Orchies près de Lille. Accablée de désespoir, déchirée de sa famille, et séparée de son frère jumeau, elle dut supporter le fardeau de l'existence sans pour cela renoncer à la vie. Dans ces moments de désarroi où une main tendue serait appréciée, l'impensable peut également arrivé. C'est ainsi que le gestionnaire peu scrupuleux de cet orphelinat s'est emparé des subventions de l'état à l'adresse des pupilles de la nation pour s'enrichir à l'étranger. Pas un sou pour ma grand-mère et pas un sou pour ces orphelins innocents à l'adolescence détruite, humiliée et mal chérie. Alors à vingt et un ans, elle se retrouva dans la vie active seule au monde, désemparée et démunie de l'obole compensatrice de l'état. Férocement déterminée à affronter et combattre la folie des hommes qui martelaient encore de leurs bottes les pavés du nord, elle claqua la porte de son purgatoire et partit la tête haute fusillant du regard son passé. Doit-on pleurer et maudire ou se reconstruire et construire ? Vivre dans le passé ou livrer bataille pour organiser son avenir ? Animée d'une force de caractère exemplaire, elle a su balayer du revers de la main, l'hostilité des hommes qui l'avait évincée du bonheur de l'adolescence. Elle qui aurait apprécié Gérard de Nerval quand il disait : « Profitons de l'adolescence, Car la coupe de l'existence, Ne pétille que sur les bords... ». Ou encore Louis Pauwels : « L'enfance trouve son paradis dans l'instant. Elle ne demande pas du bonheur, elle est le bonheur »
Alors, quand elle rencontra mon grand-père lors d’un pique-nique, là-haut sur la colline du Mont Houy qui surplombait l’Escaut, ses yeux se brouillèrent d’émotion. Elle se sentit de suite dévisagée, plutôt caressée d'un regard qui avait tendance à lorgner ses dentelles. Travaillait-il aux cent mille chemises sur la Place d'Armes à Valenciennes ou avait-il remarquer son teint rubescent et son pas hésitant ? Pourtant cet homme au regard gris bleu acier et au corps d’athlète si bien moulé dans son Marcel aimait marcher dans l’herbe fraîche, admirer les papillons virevolter, cueillir des pâquerettes et respirer l’air des collines aux senteurs « champignonnées ». Ceci elle l'avait remarqué même remarqué et remarqué… Mais alors pourquoi avait-il choisi sa tarte aux myrtilles ? Pourquoi dans tous ces assortiments, il avait choisi SA TARTE ! Elle baissa les yeux. Passa ses doigts dans ses cheveux et sentit en se retournant, un souffle de vent léger imprégné de senteurs de pâquerettes et de bleuets lui caresser sa joue rubescente d'un baiser qu'elle ne pouvait refuser... Dieu lui faisait un signe, c’est sûr, et par cette grâce qu’elle ne pouvait repousser, elle se mit à rêver. C’est alors, et allez donc savoir pourquoi, une voix intérieure lui murmura ceci : « Tu l’aimes déjà et c’est lui qui te conduira ».
A suivre... A suivre... A suivre... A suivre... A suivre... A suivre...
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