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Le procès des cœurs brisés…



Contes et narration > Le procès des cœurs brisés…

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79didou


Inscrit le: 25 Sep 2008
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Le 25 Sep 14:51

Le juge de l’amour :

- Cette jeune fille est citée à comparaître dans ce tribunal des cœurs brisés pour s’être fait aimée de ce jeune homme et pour lui avoir fait croire que les sentiments étaient partagés.

Maître Cupidon la parole est à vous :

- Les faits vous accusent et vous accablent chère demoiselle...votre charme enivrant et votre sourire angélique ont trompé mon client. Vous avez usé abusivement de votre pouvoir de séduction pour amener ce jeune homme à s’éprendre de vous.
Je tiens à inviter les membres du jury à contempler le majestueux regard ainsi que la grâce pleine de volupté de l’accusée.
Nul homme doté de tous ses sens n’aurait pu se défaire de la magnificence de son corps mais aussi et surtout de sa personnalité pleine d’entrain aspirant à un attachement sans mesure.

Elle a délibérément usé de ses atouts physiques et moraux pour amener mon client à se perdre dans une émotion qu’il a consenti à connaître malgré lui.

Pour parfaire l’argumentation de mon plaidoyer j’ai fait appel à un expert qui sera à même de nous présenter une analyse très précise sur l’apparence de la jeune femme. J’appelle le docteur Narcisse à la barre.

Docteur, pouvez vous nous établir la conclusion que vous avez rédigé lors de votre expertise ?

- La conclusion qui en est ressortie après entretien avec l’accusée votre Honneur, est la suivante : Le caractère unanime de sa beauté ne faisant aucun doute sur la déconvenue de la victime qui s’en est amourachée inévitablement sans prendre garde aux démêlées qu’elle cachait a succombé de manière logique à une apparence mielleuse. De ce fait, il n’a pu aucunement lutter contre le diktat de sa chair.

- Je vous remercie docteur Narcisse pour ces précisions qui seront conservées très précieusement par le greffier du cœur.

Maître Cupidon veuillez poursuivre votre plaidoirie.

- Votre Honneur si je puis me permettre, laissez moi vous présenter un objet qui possède
tout son sens au vu de l’affaire. Il s’agit d’une flèche provenant de mon carquois.
Comme la Cour peut le constater, elle est intacte. Or il se trouve qu’elle a été tirée par mes soins en direction de l’accusée. Pour ceux qui se demande ce de quoi il en retourne, mes fonctions s’élargissent au delà de mon métier d’avocat de l’amour, car il m’arrive à mes heures perdues de me prêter au rôle singulier de conciliateur. Autrement dit, Je m’évertue à faire tomber les personnes amoureuses les unes des autres en les transperçant de mes flèches. Oh mais rassurez vous, celles-ci ne tuent pas car elles sont enchantées ! Et pourtant bien que très puissant le charme n’a pas agi sur cette fille sur laquelle mon dévolu s’était jeté ! Voyez la flèche ici présente qui était censée se plier au contact de sa peau…remarquez vous la moindre fêlure ? Bien sur que non car cette femme est insensible aux effets de l’amour !
En revanche, cette autre flèche que j’ai extraite ardemment de mon client est belle et bien fourchue ! C’est la le signe que l’enchantement a bien fonctionné !

L’accusée a dénigré l’attention que mon client lui avait toujours porté et pire encore, elle a simulé une réciprocité de ses émois. Ce dernier ne s’est jamais remis du détournement dont elle a fait preuve à son égard et aujourd’hui encore, il continue de l’aimer dans l’ombre alors que celle-ci s’est laissée transportée dans la légèreté de relations volages et frivoles avec d’autres hommes meurtrissant d’avantage mon client qui peine à remonter la pente qui s’annonce encore bien brute pour lui.

En conséquence, je demande réparation. Mon client qui n’a eu de cesse de tenter de la haïr a fini par admettre qu’il ne pouvait s’y résoudre. Alors il clame votre clémence et votre générosité pour lui ôter de son esprit tout souvenir qui la rattache encore aux chaines de son bourreau.

Que cet épisode de sa vie soit à jamais banni de son cœur et que son nom demeure pour lui aussi insignifiant que le grain de sable dans le désert.

- Bien maitre Cupidon, maintenant j’aimerais écouter les défendeurs. Maître Aphrodite, qu’avez-vous à dire pour assurer votre défense ?

Votre honneur, ma cliente ne peut se résoudre à porter seule sur ses épaules la responsabilité d’un amour à sens unique. Est-ce vraiment sa faute si les talents de tireur de mon confrère sont à remettre en question ou bien encore si la prétendue victime soit le seul à pâtir d’un événement voulu uniquement par encore celui même ? Je crois votre Honneur que son client est en réalité victime de celui qui le représente et qu’il n’a eu à aucun moment la présence d’esprit de mesurer la portée de son geste dans le cas ou l’un des deux parties ne serait sujet à l’enchantement de ses flèches…

De ce fait, ma cliente ne peut assumer l’erreur d’un enchanteur qui apprend à jouer à l’apprenti sorcier avec le cœur des gens…

En somme, ma cliente bien que compatissante ne peut plaider coupable d’un crime qu’elle n’a pas commis…

Le véritable bourreau n’est pas forcement celui que l’on imagine votre Honneur car si ma cliente a selon ses termes, enchainé la victime à elle, alors mon confrère l’a transpercé d’une flèche bien plus douloureuse qu’une simple flèche car les siennes sont imprégnées d’un poison dangereux.

En ce sens et pour le bien de tous, je demande à la Cour de permettre aux deux parties de s’entendre sur une séparation amicale. Ma cliente est prête à garder des contacts privilégiés avec le client de mon confrère s’il l’entend aussi de cette façon.

- Après avoir pris connaissance de vos argumentations, je vais trancher après délibération avec les membres du jury.

Mesdames, messieurs, Maître Cupidon, Maître Aphrodite,

La Cour rend son jugement en condamnant l’accusée à ne plus entrer en contact avec monsieur. En effet, il n’est pas évident à nos yeux que ce dernier puisse supporter des élans d’amour déguisés en gestes d’amitiés envers une femme qui continuera de nourrir chez lui de vaines espérances. Malheureusement il n’est pas en notre pouvoir de permettre à la victime d’oublier ce passage de son existence. Il devra surmonter seul cette épreuve en pensant les plaies encore saignantes de ses blessures.

Maître Cupidon, la Cour vous condamne à ne plus intervenir dans la conciliation de personnes et vous ôte à ce titre votre arc et votre carquois magique !

Le verdict est prononcé, qu’il en soit ainsi !

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