Malogazelle
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Le 20 Avr 19:11
LA GAZELLE ET LE PERCHERON
Dans son pré vert, un percheron
S'ennuyait. Il tournait en rond.
Alors un jour il décida
De faire cesser ce célibat,
Et il rédigea une annonce
Pour ne plus manger seul, ses ronces.
Une gazelle, un peu curieuse,
Mais, par ses origines, frileuse,
Osa rencontrer l'animal
Par une soirée estivale.
Elle aima sa solidité.
Il aima sa vitalité.
Et ces deux herbivores joyeux
Ont cru pouvoir brouter à deux
Et partager le même toit.
Mais une panthère aux abois
Excitait deux poulains nerveux
Issus de la première union
Qu'avait connue le percheron.
L'écurie était donc pour trois :
Pour les poulains et leur papa.
La gazelle, pour y faire sa place,
Ne put trouver que peu d'espace,
Et l'organisation du temps,
Etablie d'après les enfants,
Ne laissait qu'une semaine sur deux
Pour les têtes à têtes amoureux.
Mais la gazelle était heureuse.
Elle oubliait d'être peureuse...
Elle rêvait même à l'avenir,
Sans croire qu'il puisse se ternir.
Pourtant son instinct indiquait
Que tout ne serait pas parfait...
Mais elle faisait la sourde oreille,
L'amour n'ayant pas son pareil
Pour gommer les petits défauts :
Cachant les bas, chantant les hauts !
Le percheron, à son ouvrage,
Montrait sa force et son courage.
Contraintes et routine acceptées,
Prouvaient qu'il s'était adapté
A son mode de vie sédentaire,
Qu'il appréciait, sans commentaires.
Mais la gazelle étant sauvage,
Même si elle savait être sage
Entre quatre murs enfermants,
Sentait la steppe, comme un aimant,
L'attirer au-delà du pré.
La rosée aux reflets diaprés
Etait son seul réconfort
Dans l'aspect morne du décor
Où elle se trouvait limitée.
Elle qui préférait la beauté
Des paysages de son enfance,
Supporterait-elle, en permanence,
La vie de labeur du cheval,
Et son existence banale ?
Non, elle n'avait pas le courage
De rester dans le pâturage
Petit et bordé de clôtures,
Qui serait son seul futur...
Quand le percheron fut rentré,
Elle lui dit d'une voix feutrée,
Tout le bien qu'elle pensait de lui,
Mais qu'elle n'aimait plus la pluie
Apportée par les gros nuages
Venus de tout le voisinage.
Elle avait besoin de chaleur,
De soleil, d'espace, de couleurs...
Il le savait... et tendrement,
Lui murmura, tout doucement,
Qu'il comprenait ce choix de vie,
Qu'il y avait pensé aussi...
Pendant les deux mois écoulés,
Leurs cœurs s'étaient bien cajolés...
Ils se quittèrent en s'enlaçant...
Comme ils étaient attendrissants...
Et la gazelle courut, s'enfuit,
Cacher sa honte dans la nuit.
Elle franchit d'un bond la clôture,
Mais son saut n'était pas très sûr
Et elle se fit écarteler
Par les fils de fer barbelés.
Elle put quand même s'éloigner,
Cherchant refuge pour se soigner.
Mais elle avait perdu le nord !
Déboussolée, elle avait tort
D'essayer trop de directions
Pour recevoir de l'affection,
Alors que croissait sa faiblesse.
Elle s'arrêta, car la mollesse
De tout son corps nécessitait
Calme et repos sous les futaies.
Longtemps la gazelle dormit,
Veillée de loin par ses amis
Regardez-la dans son sommeil,
Se guérir avec le soleil !
L'instinct des animaux est sûr,
Mais n'évite pas les blessures...
Malogazelle |